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26 janvier 2015

Le Train Jaune lutte toujours

Train jaune

 

C’est depuis 1910 que circule le Train Jaune. L’ouverture de la ligne se fit en diverses étapes, tronçon par tronçon, pour atteindre en 1927 le tracé qu’on lui connaît aujourd’hui de Villefranche - Vernet-les-Bains, la gare de commande, à Latour-de-Carol - Enveitg.

Oui, cela fait plus d'un siècle que le tortillard de Cerdagne fait œuvre de service public malgré les nombreuses attaques à son encontre.

Dès 1969, ses défenseurs se rejoignaient dans un comité pour contrer la volonté de la SNCF d’en finir avec cette ligne.

 

Gare de Villefranche Vernet les bains

 

Mais c’était sans savoir que dès lors, ils seraient constamment solliciter dans un combat qui est plus que jamais d’actualité.

Il faut dire que les années 60 sont marquées par le début d’une forte concurrence avec le secteur automobile et le lancement des projets de trains à grande vitesse notamment avec « le Capitole » roulant jusqu’à 200 km/h.

Les petites lignes arrivaient dans le viseur de la direction SNCF, désireuse d’aller vers des services plus mercantiles que public, prolongeant ainsi les politiques libérales menaient par les gouvernements successifs.

 

Gare de Olette

 

C’est ainsi qu’en 1974 la ligne du train jaune  dû subir sa première blessure avec la décision de la fermeture au trafic de marchandises.

Puis ce fut en 1981 le doublement du prix du billet par rapport au tarif normal qui rappela à tous ses défenseurs la détermination des responsables politiques et SNCF d’en finir avec la ligne.

Leur combat permit malgré tout d’obtenir une carte de réduction à 50 % pour tous les résidents des hauts cantons de Cerdagne. 

En 1985, la SNCF essaya même par le biais d’une société privée de retirer les rails en gare de Fontpédrouse, mais ceux-ci restèrent en place grâce à l’opposition courageuse de quelques cheminots.

 

Gare de Fontpédrouse

 

 

Malgré tous ces épisodes et d’autres, le train jaune roule encore.

Il roule malgré la région Languedoc-Roussillon qui a généralisé le TER à 1 Euro sur toutes ces lignes sauf sur celle-ci où le trajet complet coûte plus de 20 euros.

Il roule malgré le conseil général des Pyrénées-Orientales qui a mis en place une concurrence « low-cost » en finançant les bus à 1 Euro sur le département.

 

Carte TER LR 1 euro

 

 

Il roule malgré le sous-investissement de la SNCF qui induit une réduction de la vitesse des trains et du nombre de circulations. Aujourd’hui il faut 3 heures pour parcourir les 63 km de ligne au lieu de 2h15 en 1980, et où seulement 10 trains par jour maximum son autorisés à circuler au lieu de 16 auparavant.

Il roule également malgré à un plan de transport inadapté et la déshumanisation des gares. Des maux que connaissent bien les usagers de la ligne des Cévennes qui, depuis le 1er Janvier 2015, ont dû assister à la fermeture de l’ensemble des guichets de la ligne.

Mais cette année plus que jamais il menace de s’arrêter, puisqu'au travers de la réforme ferroviaire, votée au mois d’août dernier, la SNCF et l’Etat favorisent le démantèlement du réseau.

D’une part parce que l’entreprise se voit attribuée une dette de 37 Milliards d’euros, fruit des constructions des LGV et des intérêts d’emprunts bancaires, pour laquelle la SNCF a obligation de rechercher des moyens de stabilisation.

De l’autre parce qu’un amendement permet à la SNCF de se débarrasser des lignes «  séparées physiquement du reste du réseau ferré national » en les sortant de la convention TER. Amendement  qui ne concerne finalement que les deux lignes  à voie métrique du réseau français celle de St-Gervais-le Fayet à Valllorcine et celle de Villefranche - Vernet-les-Bains à Latour-de-Carol - Enveitg.

De plus, tout cela fait écho à la proposition du cabinet SNCF Consulting de faire passer le train jaune dans le giron d’une Société d’Economie Mixte puis d'en limiter son parcours et en le transformant en train saisonnier. 

D’une manière générale cette réforme presse le système ferroviaire français de trouver des solutions économiques à court terme, avec la productivité comme seul mot d’ordre.

Il faut casser du chemin de fer, comme des cheminots. Et à ce petit jeu, faute de moyens, les petites lignes ne résisteront pas bien longtemps.

D’ailleurs les décisions prises ces dernières années démontre une anticipation de la réforme comme en témoigne en Languedoc-Roussillon la fermeture de la ligne Ales / Bessèges.

 

Le passe partout de la ligne de Cerdagne

 

Mais le fric serait-il le seul refrain audible dans la Bataille du Rail ? Pas sûr.

Car de l’argent il y en a comme nous le montre le contournement Nîmes/ Montpellier  et ses 2,28 milliards d’Euros pour 80kms de voies ou la modernisation à 165 millions d’Euros de la RN 116 logeant le Train Jaune.

Et pour ce qui concerne le coût d’exploitation annuel de ce dernier, il est de l’ordre de 4,8 millions d’Euros, tandis que la remise à neuf de la ligne est elle estimée à 64 millions d’Euros. Rien de bien exorbitant.

 

Mais en s’attaquant au train de Cerdagne les décideurs s’en prennent à ce qui est souvent ici, l’hiver, le seul moyen de transport à pouvoir fonctionner, représentant pour ses usagers un symbole fort de leur indentité.Un patrimoine aussi bien touristique que culturel.

En poussant les voyageurs sur la route c'est un chef d'oeuvre du service public qui est, peu à peu, abandonné.

Faut-il y voir l'esquisse d'un projet de société ?

Celui du tout TGV et du lobby routier. De la grande vitesse et du diesel.

Celui des services privés et d’un Etat absent, désengagé de tout. Peut-être.

Pour autant, le Train Jaune roule toujours.

DEFENDONS-LE!!!

 

 

Gare de Mont Louis la Cabanasse

Gare de Bolquère