22 décembre 2014

Inde et Futile : Les crachats du Jaisalmer Express

 

 

 

Old Delhi (Inde)

 

Crache. Crache.

Crache ! Crache ! Crache !

 

Tu craches parce que tu t’es vautré dans une marre de grumeaux pour nager avec les rats.

 

Tu viens de marcher pendant deux jours sur des trottoirs qui pissaient par terre. Les semelles de tes chaussures de petit blanc bien propre sont venues se dépayser ? Et bien qu’elles se trouent dans la merde !

 

Cette merde qui boit les épices, le pas des vaches, les détritus et les clochards.

Des clochards… Des hommes dans leur simplicité la plus crue. Qui n’ont même pas un carton où dormir. Des crèves la faim oubliés. Des tapis sur le béton cabossé, posant leurs corps squelettiques entre les carcasses des chiens errants. Certains n’ont pas dix ans !

 

Ce type qui rampait à terre et que les rickshaws évitaient en gueulant est surement déjà mort. Qui pour le ramasser ?

Penses-y encore, ça te fera du bien !

 

Tu voulais prendre le train pour quitter Delhi. L’avenue de la gare s’est jetée sur toi.

Tu l’as prise comme un poing sur ta gueule.

On y vend tout.

On y crie. On y rit.

On y crève dans sa pisse entouré d’un bal de mouches.

On y nourrit les bœufs et les bordels délabrés aux accents des putains orientales y sont l’allégorie du monde.

 

Et toi !

Toi aussi tu n’es qu’une pute !

Une pute prenant part à la putréfaction généralisée qui tourne comme un ballon de football au pays du cricket.

 

Allez !

Tu dois être content de dégager.

Dans une mer démontée par des vagues de vase, tu n’avais qu’un seul phare : Old Delhi Station.

Grande masse qui dore sa pilule au soleil.

Statue de l’orient assise en tailleur dans une flaque de boue.

Et grande. Et belle. Et majestueuse avec ça. Ses briques rouges qui saignent la chaleur. Ses arches blanches qui éclairent sa façade… Une immense greluche à l’air narquois.

Elle t’a toisé la salope !

 

Mais elle a beau faire la maline, elle est à Delhi. Elle suinte Delhi.

Son ventre gargouille, mendie, dort sur les quais, charge les trains à la gorge, pisse sur les rails, traverse les voies au nez des convois, vend à la criée toutes sortes de pâtisseries, de fruits, de boissons, de chaînes pour attacher les valises.

Dans son tumulte insensé, la vie vient encore une fois de frapper sur ton crâne en te poussant dans ta couchette.

 

Regardes-toi !

A la fenêtre de cette voiture de Sleeper Class par laquelle tu quittes tout ça.

Tu lorgnes sur les bidons villes.

 

Il n’y a pas de vitre aux fenêtres de ton train. Tu as l’air d’un con derrière tes maigres barreaux.

 

Tu sens encore les odeurs de la ville. Elles te suivront où que tu ailles. Désormais, tu en as partout. Tu t’es jeté dedans. Tu en as bu. Tu t’es lavé avec. Et le pire, c’est que parfois tu adoreras.

 

Oui ! Tu adoreras. Tu n’y crois pas. C’est normal.

Pour l’instant tu craches.

Tu craches tes premières gorgées d’Inde par une fenêtre du Jaisalmer Express.

 

Voyageurs attendants leur train en gare d'Old Delhi

Posté par Harmony-k à 12:07 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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