28 novembre 2010

Carnets de Route: En Lozère avec Neil Young

Jeudi 11 Novembre 2010, parti de Mende depuis 5 minutes sur la route de Langogne, j’allume le poste de ma voiture et enclenche la lecture du best of Neil Young. Old man est la première chanson à résonner.

Neil Young - Play List

Passé quelques kilomètres je me retrouve à Badaroux, un village d’un quasi millier d’habitants  traversé par la ligne La Bastide – Mende. Sa proximité avec la capitale Lozérienne devrait lui permettre de prétendre à des arrêts voyageurs mais les fiches horaires TER m’indiquent le contraire. Passé le premier croisement, j’ose quand même bifurquer à droite pour me rapprocher de la voie ferrée. Bingo ! La rue se prénomme Chemin de la gare.  Je la descends sur environ 300 mètres et tombe sur un passage à niveau : le numéro 19. Deux quais le bordent et l’ancienne maison du garde barrières s’y érige fièrement avec les panneaux Badaroux accrochés sur les murs. 

Badaroux1

 

Je ne suis pas à la gare mais à l’ancienne halte du village. L’authenticité des lieux a été respectée. Le calme et la beauté de cette commune surplombant le Lot me laisse envisager des hospices encore meilleurs pour la suite ; je flashe à tout va et reprend expressément ma voiture direction le Lac de Charpal.

Dans les années 30, une bifurcation à la ligne  du translozérien d’une quinzaine de kilomètres avait été construite de Larzalier à la forêt domaniale de Charpal. Le projet apparemment très secret aurait permis d’acheminer les matériaux pour construire le barrage de Charpal, créant ainsi un lac de retenue alimentant le bassin Mendois en eau potable, puis d’y dissimuler des stocks de munitions militaires non utilisées pendant la première guerre mondiale.

Passé 3 bornes, je tourne à gauche pour prendre la route des montagnes de la Margeride. Nous sommes en novembre et la neige est ici déjà présente par une couche de 10cm sur toute la forêt.

Route1Bravant les conditions climatiques je continue de rouler. Le lac est à encore à 9 kilomètres. Plus j’avance, plus l’impression d’être perdu me gagne, ma voiture commence à faire un sale bruit, le brouillard à se lever et Neil Young entame sa chanson Helpless.

Helpless, Helpless, Helpless, le chant de l’impuissance, d’un homme démuni, sans défense, à vrai dire tout le contraire des chasseurs que je croise tout le long de ma route, ceinture de balles autour de la taille, fusil sur l’épaule et couteau jamais loin de la main. Finalement les stocks de munitions n’étaient pas si bien cachés que ça.

Je prend tout de même le risque d’aller taper la "discute" avec un des membres du CPNT :

- Bonjour ! Je suis à la recherche d’anciennes traces de la ligne de chemin de fer Larzalier / Charpal

- Il n’y a jamais eu de gare ici m’sieur, me dit-il en prenant son téléphone ; Ouais Régis, attaque par le nord, j’vais avec les chiens côté sud …

Bref et plutôt décourageant, je ne me résigne pas pour autant et réussis à finir par atteindre le lac et son barrage.

Lac

 

C’est sûr, si la Lozère a un poumon, il se situe ici. Outre le fait que le lac soit la réserve d’eau de Mende, il est de plus entouré d’une gigantesque forêt qui a fait du coin une réserve naturelle pour la faune et la flore locale et des parcours de randonnées très prisés par les touristes.

La coupe du bois, qui en résulte, aurait pu être acheminée par l'ancienne voie ferrée, si celle-ci n’avait pas été enlevée une dizaine d’années après sa construction.

Les informations sur place m'apprennent que le lac est un des plus grands de France pour la pêche « no-kill », un comble quand on connaît les origines militaires de sa construction .

Après avoir observé des jeunes imitant les pilotes du trophée Andros et profité de quelques bouffées d’air pur, je repars direction Allenc.

De retour sur la route de Langogne, dans le col de la Pierre Plantée, j’aperçois une ruine qui n’est autre qu’une ancienne maison de garde barrières de cette fameuse ligne.

PN88

 

Le lieu est unique et une petite colonne en marbre sur la gauche de la maison nous le rappelle. Car ici, nous sommes sur un point de partage des eaux pluviales, celles des bassins versants du Rhône, de la Loire et la Garonne.

Ca n’a l’air de rien, mais des lieux comme celui-ci, il n'en existe que trois en France. Ici donc, à Langres en Haute-Marne et Pouilly-en-Auxois en Côte-d’or.

Mon objectif, dès le début de cette expédition, était de me rendre sur Larzalier, en sachant seulement que l’ancienne halte se situe entre Belvezet et Allenc.

Et c'est sur la route d'Allenc, juste 2,5 km avant, qu'un panneau ridicule  m’indiquera le "graal" de mon expédition.

Arrivé sur place, je me retrouve au milieu de deux immenses galeries paras-neige encadrant ce qui était la halte de Larzalier.

Pour ceux qui qualifieront le lieu de "trou", je vous arrête tout de suite, nous sommes sur le "point culminant du réseau ferroviaire français à voie normale et non electrifiée", soit à exactement 1215m d'altitude (source: massifcentralferroviaire.com).

Larzalier

 

Quoi qu’il en soit ma journée est entrain de passer au rang des inoubliables. Est-ce parce que la Lozère possède l’un des plus beaux réseaux ferroviaires ou parce que Young distille les meilleurs accords de guitare ? Les deux sont certainement vrais.

Je passe à la lecture du célèbre My My, Hey Hey, et m’en vais au rythme de la mélodie à la rencontre de la halte d’Allenc.

Le chemin n’est pas long et au premier passage à niveau traversé je me retrouve à l’endroit voulu.

Allenc

 

La halte est toujours desservie ce qui peut étonner pour cette commune d’environ de 240 habitants de la plaine de Montbel, mais dans cette région le train a une fonction d’ « équilibre du territoire », comme si ça n’était pas le cas partout …

Le jour commence à baisser et  alors que ma prochaine escale sera la gare de Bagnols-Chadenet, je n’ai aucune certitude sur mon chemin, si ce n’est que Bagnols-les-bains et Chadenet sont deux communes bien distinctes.

Alors que je n'ai encore franchi aucun panneau d'entrée d'un des deux villages, un autre m'indique la "gare" sur ma droite, en pleine campagne. Au bout d'une petite montée champêtre se loge deux bâtiments, l’ancien hôtel de la gare et son bâtiment voyageurs.

BagnolsChadenet3    
BagnolsChadenet

Je sors de ma caisse pour pouvoir assister à l'arrivée du train de 16h49 et bien qu'arrivant dans un territoire où ma présence ne dérange personne, un chat me déclare les hostilités. Un sprint d'une dizaine de mètres, une envolée d'environ 30cm de haut et le félin essaye de m'arracher un bout de cuissot. Autant vous dire que je ne tend pas l'autre joue et envoie valser un galet dans les pattes de l'affreux en guise de riposte. Je prends en vitesse un cliché de la gare et file aussi sec vers la halte de Sainte-Hélène.

Bien qu'essayant par la route de suivre la voie ferrée, les nombreux tunnels me la font perdre de vue et mon orientation avec.

Tandis que Neil s'exclame Hello "Woman of my dreams!" dans sa superbe chanson Cowgirl in the Sand, je réussis à joindre la commune de Sainte-Hélène mais ne trouve pas la Halte. Hélène station of my dreams où est-tu ? Rien, à vrai dire, je ne sais même plus où se trouve les rails. 

Il est temps pour moi de rentrer sur Mende, y faire escale pour la nuit et demain dés l'aube je partirai à l'heure où blanchit les traverses, j'irai par les Causses, j'irai par les Cévennes sur les traces de la ligne de Florac à Sainte-Cécile d'Andorge, je ne peut demeurer loin d'une gare plus longtemps.

 

 

 

 

 

Sources :

http://forum.lozere.org/viewtopic.php?p=1442

http://fr.wikipedia.org/wiki/Munition_immerg%C3%A9e#En_France

http://www.lyricattack.com/n/neilyounglyrics/helplesslyrics.html

http://www.geocaching.com/seek/cache_details.aspx?wp=GC1JNRP

http://www.languedoc-roussillon.ecologie.gouv.fr/Lozere/DIMG12.asp

http://www.massifcentralferroviaire.com/fiches/fichegar_n.php?VARobjetID=29

http://www.massifcentralferroviaire.com/fiches/fichegar_s.php?VARobjetID=203

 


Commentaires sur Carnets de Route: En Lozère avec Neil Young

    Partageant la meme passion mais aussi le même désir pour la défense d'un vrai service public ferroviaire je ne peux qu'être attentif à votre blog et vous remercier.
    qu'il est loin le temps ou nous pouvions rejoindre Le Puy à Rodez (et plus encore) par le LT et TL estival ! le Translozérien n'en porte plus désormais que le nom ; plus aucune circulation entre La Bastide et le Monastier .. Pourvu que le Mende Nimes persiste ! Merci et tous mes encouragements
    Philippe-Albert PINEAU

    Posté par PINEAU, 30 mars 2016 à 17:56 | | Répondre
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